FESTIVAL / LES JOURNÉES DE L'ORGUE
Extrait du DNA du 18/05/2010
La palette des émotions
Les Journées de l'orgue en Alsace, ce week-end, avaient débuté à la collégiale de Thann. Thierry Escaîch y donnait un ciné-concert – une étonnante improvisation sur L'Aurore, un film muet de 1927 réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau
Grand succès de la fin du muet, L'Aurore a disparu depuis belle lurette des écrans – c'est donc d'abord à une décou- verte de ce film que le public était convié.
L'histoire d'un couple qui se brise, avant de se retrouver dans un amour rédempteur. «Une histoire de deux êtres humains. Ce chant de l'homme et de la femme est de nulle part et de partout, et pourrait se situer n'importe où, à n'importe quelle époque ». disait Murnau de son premier film tourné aux États-Unis.
Un chef d'œuvre sur mesure pour Thierry Escaich, maître de l'improvisation.
Porté par les images
«J'ai vu deux fois L'Aurore avant cette première, pour m'im- prégner de l'esprit du film, pour étudier la succession des séquences. Ce soir, je me suis laissé porter par les images. mon improvisation était la traduction musicale des émotions que je ressentais», confiait l'organiste à l'issue de la soirée. Des jeux qui se chevauchent, une pulsation qui prend à la gorge, voilà pour raconter la lutte des amants. Un charivari comme on n'en jamais entendu sur le grand orgue de la col- légiale, avec ce qu'il faut de tons désaccordés, nous y précipita dans les lumières de la ville. Mais c'est une musique apaisée qui accompagne la remise du bouquet à l'aimée, un air de barcarolle qui fait danser avant la tempête...
Là, Thierry Escaich offre une interprétation tumultueuse, gronde du pédalier, entraîne dans la tourmente, libère tous les jeux, sert l'angoisse et serre la gorge du public. Une musique très descriptive, souvent émaillée de pointes d'humour – imiter les grognements d'un nourrain sur le très honorable Rinckenbach-Aubertin de céans, non vraiment, on n'avait jamais osé!
André Metzger, président de ces journées de « Découverte des Orgues d'Alsace», avait promis un grand moment de bonheur. Thierry Escaich a réalisé ce vœu en offrant une dimension sonore inédite, servie avec une virtuosité de tous les instants, à une œuvre dont chaque image est un grand moment d'émotion. Du grand Escaich, sans aucun doute.
Louis Griffante
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