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L'ORGUE SILBERMANN DE STRASBOURG SAINT THOMAS

Orgue Silbermann de Strasbourg Saint Thomas

 

Historique

 

L'histoire de cet instrument prestigieux est caractéristique de ce qui s'est passé pour la plupart des orgues "de ville", intéressant pas mal d'organistes et experts aux goûts variés et souvent trop sensibles aux modes. L'orgue de St-Thomas est pourtant le mieux conservé des Silbermann de Strasbourg (sur les 13). Il est de Jean-André, c'est-à dire du fils, comme en témoigne sa tourelle centrale trilobée. Les seuls orgues Silbermann plus "authentiques" (Ebersmunster, Marmoutier...) sont d'André, le père. Ce sont aussi des orgues "de campagne" : il y avait moins d'argent et d'experts pour les dénaturer...

Mais avec le travail que fit Alfred KERN et son équipe au début des années 80, les sonorités actuelles du Silbermann de St-Thomas doivent être extrêmement proche de celui d'un Silbermann en 1741.

Dès 1737, c'est-à-dire au tout début de cette réalisation, Jean-André, alors âgé de 25 ans, affirme son style. L'orgue a été achevé le 3 février 1741 : 29 Jeux sur 3 claviers et Pédale.

La composition de l'instrument original a été intégralement reprise, en 1979, pour le Grand-orgue, le Positif et la Pédale. On remarque à la fois les caractéristiques classiques et les spécificités de l'instrument :

  • 3 claviers et (bien entendu) Pédale séparée sur 16 pieds, pour 31 Jeux.
  • La fameuse tourelle centrale trilobée, le buffet s'inscrivant sous la rosace. Le Buffet a été réalisé par RIEDINGER.
  • La Pédale de 7 jeux avec une Quinte 5'1/3 en résultante 16', (la seule de Silbermann). Avec le Prestant de Pédale et la Bombarde, ces 3 jeux complètent les 4 qu'André (le père de Jean-André) construisit, par exemple, à Ebersmunster.
  • Le Plein-jeu, lui aussi, est plus riche qu'à Ebersmunster : cet instrument est conçu pour l'accompagnement du chant.

     

    Le "Silbermann" de 1741 était déjà probablement le quatrième orgue du lieu.

    Selon LOBSTEIN, le premier orgue fut construit en 1333.

    Il fut remplacé en 1515 par un instrument de Hans SCHENTZER, réparé en 1560 par Sigmund PEISTLE.

    Ce n'est qu'à partir de 1604 que l'on connaît les compositions, et encore de façon indirecte, puisqu'à travers de rapports d'expertise. En 1604, Killian WILDERLIN nota la disposition, qui avait été héritée d'un état antérieur. Israël GÖLLINGER intervint aussi (1604-1605). Ces nombreux travaux semblent parfois avoir été motivés par un abaissement du Diapason des orgues.

    Dietrich WAGNER semble avoir fait des travaux d'importance en 1609. Il y eut cette années-là une expertise, menée par Christoph Thomas WALLISER, Bernhard II SCHMID et Isaac BERGER. Schmid avait été organiste à St-Thomas (avec son père homonyme) jusqu'en 1592. En 1592, il devint organiste à la Cathédrale jusqu'à sa mort en 1625. Quant à Isaac Berger, il deviendra organiste à St-Thomas en 1612, jusqu'à sa mort en 1618.

    Puis il y eut une réparation en 1613.

    En 1626, Rieck (les organistes étaient la plupart du temps aussi organiers) ajouta une Flûte (déjà demandée dans la triple expertise de 1609), pour accompagner la musique polyphonique (Walliser souligne que les jeux de Wagner sont fort beaux, mais trop forts pour cet usage, notamment le Quintaton qui a remplacé le Bourdon du Grand-Orgue).

    En 1672, l'orgue fut réparé par Johann Jacob BALDNER, en 1692 par Johann Carl SPIESS, et en 1696 par Friedrich RING. Il fut définitivement et entièrement démonté en 1737 par Jean-André Silbermann, qui, évidemment, l'estima bien bas. Comme à son habitude, il n'en laissa rien.

    Jean-André comptait l'orgue de St-Thomas, achevé le 08/02/1741, parmi ses plus belles réussites : lorsqu'il en choisit deux pour les faire visiter à MOZART en octobre 1778, ce fut le Temple-Neuf (où se trouvait son plus grand orgue, qui eut un destin tragique), et St-Thomas. L'orgue actuel est exactement à l'image de 1741, sauf pour l'Echo (qui a été supprimé en 1836 sur demande de l'organiste Théophile STERN). L'Echo original de 25 notes devait être composé d'un Bourdon, d'un Prestant et d'un Cornet 3 rgs, plus une Chape pour une Trompette (qui a finalement été posée en 1790 par Conrad SAUER). En 1790, Conrad SAUER ajouta la Trompette d'Echo. Jean-Conrad Sauer nettoya l'instrument en 1822.

    Martin WETZEL (en 1836 et 1860) a supprimé les Mutations et Mixtures les plus aiguës, pour mettre à la place des jeux "romantiques". (Dont le Salicional du récit qui existe toujours, et qui a longtemps été attribué à Silbermann, et même copié au Palais-des-Fêtes, alors que Silbermann n'a jamais construit de Salicional.)

    Le Positif eut droit à une Flûte Harmonique, un Cor de Daim et un Quintaton (à la place de sa Tierce 1'3/5, son Nasard et sa Fourniture). Le Grand-orgue reçut une Flûte 4', une Flûte traversière 8' et un Salicional à la place de sa Tierce, son Nasard et sa Cymbale. A la Pédale, la Quinte 5'1/3 a été remplacée par un Violoncelle 8'.

    Quand à l'Echo, il fut probablement déjà supprimé en 1836, pour être remplacé par un Récit romantique de 7 jeux... mais seulement 4 octaves.

    En 1886, c'est à Charles Wetzel que fut commandé un nettoyage de l'instrument (devis du 18/11/1885). A cette occasion, on apprend que son fils Edgard travaillait à l'époque chez CAVAILLE-COLL, car Charles, malade, dut le faire revenir de Paris pour mener à bien ce travail. Un peu plus tard, en 1888, Charles Wetzel proposa de déplacer (et/ou renouveler) la Soufflerie. L'alimentation en vent de St-Thomas a visiblement causé beaucoup de tracas aux facteurs (et aux exécutants...)

    Au début du 20 ème siècle, l'orgue était dans un assez mauvais état. Bien sûr, nombreux sont ceux qui auraient pensé à le remplacer par un neuf. Albert SCHWEITZER s'opposa au pire en 1908, et on peut dire qu'il sauva l'instrument. Mais ses facteurs préférés, DALSTEIN-HAERPFER ont procédé à des modifications profondes, dont l'entaille des tuyaux, destinée à hausser le Diapason de l'instrument au La 435 Hz. L'instrument fut donc modifié selon la mode Néo-classique (le Quintaton de Wetzel fut remplacé par une Cymbale). Il y eut une extension de Pédale et l'ajout d'une Tirasse.

    En 1927 et 1938, Georges SCHWENKEDEL fit des transformations qui étaient sensées aller dans le sens du "retour à Silbermann" (en se limitant à la composition). C'était là son Opus 8, et certainement pas ce qu'il fit de mieux. La traction fut pneumatisée, l'harmonisation n'était pas du tout conforme à celle de Silbermann. Il y avait toujours des problèmes d'alimentation en vent. Le petit Récit de Wetzel fut remplacé par un Clavier expressif de 20 Jeux... Schwenkedel revint réparer l'orgue en 1943 et ajouta une Flûte 16' et une Posaune à la Pédale.

    En 1956, on demanda à Ernest MUHLEISEN d'électrifier (sauf au Récit) la traction pneumatique déjà déficiente. Le malheureux Silbermann était alors un 4 claviers de 58 Jeux dans un buffet prévu pour en contenir une trentaine, muni d'une traction non homogène et une harmonisation totalement étrangère à son style. Il était clair qu'il fallait se lancer dans une opération de grande envergure. Il restait 17 Jeux Silbermann, plus ceux qui étaient dispersés dans d'autres instruments. (La Voix humaine à Marienthal, une Doublette se trouvait à Niederroedern).

    L'orgue fut Classé le 24/09/1971.

    L'orgue fut reconstruit en 1979 par Alfred KERN et Fils. On mesure donc, en écoutant le Silbermann de St-Thomas d'aujourd'hui, l'ampleur du travail fourni lors de la reconstruction de Kern. Il s'agit en fait d'une Restauration, sauf à l'Echo : l'actuel est complet (49 notes) et dispose de 10 Jeux.

    Il y a encore une chose qui manque : c'est la statue de St-Thomas, qui ornait la tourelle centrale qui a disparu en 1794. En l'absence d'une représentation fiable, il fut décidé de ne pas la reconstituer.


    Orgue Silbermann de Strasbourg Saint Thomas
    Orgue Silbermann de Strasbourg Saint Thomas Console de l'orgue Silbermann de Strasbourg Saint Thomas

    La composition

    Positif de dos
    49 notes
    Grand-Orgue
    49 notes
    Echo
    49 notes
    Pédale
    27 notes
    Bourdon 8' Bourdon 16' Bourdon 8' Soubasse 16'
    Prestant 4' Montre 8' Salicional 8' Octavebasse 8'
    Flûte 4' Bourdon 8' Prestant 4' Quinte 5'1/3
    Nasard 2'2/3 Prestant 4' Flûte 4' Prestant 4'
    Doublette 2' Nasard 2'2/3 Doublette 2' Bombarde 16'
    Tierce 1'3/5 Doublette 2' Larigot 1'1/3 Trompette 8'
    Fourniture 3 rgs (1') Tierce 1'3/5 Flageolet 1' Clairon 4'
    Cromorne 8' Cornet 5 rgs (D) Cornet 4 rgs (D) II/P
    Fourniture 4 rgs (1) Cymbale 3 rgs (2/3') III/P
    Cymbale 3 rgs (1') Trompette 8'
    Trompette 8' (B+D) Tremblant
    Clairon 4' (B+D)
    Voix humaine 8'
    I/II (Tiroir)
    III/II


    Note sur la composition

    Le Positif de dos, de Composition tout-à-fait Classique, est fondé sur un 8' bouché. C'est un Jeu de Tierce (Cornet décomposé (8', 4', 1'2/3, 2', 1'3/5), accompagné :

    • d'un Principal 4' en Montre
    • d'une Mixture (Fourniture) qui dialoguera très bien avec celle du Grand-Orgue, ou se fondra avec celle-ci quand les claviers seront accouplés
    • d'un jeu d'Anche soliste (Cromorne), capable de dialoguer avec les Trompettes du Grand-orgue ou de l'Echo.

     

    Le Grand-Orgue est fondé sur un 16' bouché, accompagné de trois de ses harmoniques en Principaux (Montre, Prestant et Doublette). L'étagement d'harmoniques est couronné par les deux Mixtures classiques (Fourniture et Cymbale, dont les Reprises se complètent). Il comprend de plus :

    • le Bourdon 8' compensant par son caractère "Flûté" le caractère "principalisant" de la Montre
    • un Cornet décomposé de 4 rangs (sans 4')
    • un Grand Cornet, posté, commençant au troisième Do, qui, en plus de son rôle de soliste, viendra ré-équilibrer dans les aigus la Trompette et le Clairon pour constituer le Grand-jeu
    • la Batterie d'Anches à partir du 8' (Trompette et Clairon)
    • un jeu d'Anche soliste (Voix humaine)

     

    Notons que le Grand-orgue n'a pas de Flûte 4'. Ce genre de composition est typique de l'école classique française : Cornets, Anches solo et Batterie, Tierces. Il est très intéressant de comparer la composition du Grand-Orgue et du Positif à celle de l'orgue Claude LEGROS du Temple Neuf, qui se trouve à présent à Ribeauvillé.

    L'"Echo" est de composition moins classique, mais n'est pas de Silbermann.

    La Pédalier dispose de 27 notes (mais n'avait que 2 octaves à l'origine). Elle est construite sur une fondamentale de 16 pieds, et tient donc à l'époque plus de la facture classique allemande que française. La composition est très "Flûtée". La Fondamentale 16' est encore affirmée par la présence de la Grosse Quinte 5 1/3, 3 ème harmonique du 16'.

    La Batterie d'Anches du pédalier est elle aussi construite sur 16' (Bombarde).

    Tempérament : Egal.
    Diapason : Ton Français (Si 440).
    Mécanique : Suspendue, Sommiers à gravures, d'origine sauf à l'Echo (Kern).
    Il y deux Tremblants doux, l'un pour le Grand-orgue et le Positif (d'origine), le second pour l'Echo (moderne).

    Composition de la Fourniture

    Do1Do2Do3Do4
    1'1/3 2' 4' 8'
    1' 1'1/3 2'2/3 4'
    2/3' 1' 2' 2'2/3
    1/2' 2/3' 1'1/3 2'


    Les photographies sont l'œuvre de Christophe HAMM
    Texte extrait du site web d'Eric EISENBERG
 

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